J'ai encore parcouru des kilomètres pour la retrouver, en vain hélas. Cette fleur, au parfum d'interdit et aux pétales savoureuses, a bel et bien disparu de la surface de la Terre. Cela fait deux ans à présent, deux ans de quête sans autre indice que les souvenirs. Jamais je n'oublierai la douceur de ses gestes, l'odeur de sa peau, l'arôme de ses baisers, la passion dans ses yeux, la pureté de son âme. Comment le pourrais-je ? Mon être en est complètement habité, rien ne pourra effacer ni même altérer la magie de ces moments. La flamme et le désir qu'elle éveillait sont restés intacts et je ne vis plus que dans l'espoir de voir nos chemins se croiser à nouveau pour ne plus jamais se séparer.
Hélas, je me meurs et les jours sans elle semblent tellement plus longs, plus sombres. Tant de lieux traversés pour n'aboutir qu'à la solitude la plus douloureuse qu'un homme puisse connaître. Quand aurai-je la joie de la revoir, ne serait-ce qu'une seule seconde pendant laquelle j'emplirais mon coeur, mon âme et mon être d'elle. Je perds la force de croire que je toucherai de nouveau à ce bonheur, à cette magie qu'elle fait éclore. Ses délices sont telles qu'on ne peut sans doute les goûter plus d'une fois, l'homme ne saurait contenir un plaisir et un bien-être aussi intense et irréel plus d'une journée. La réponse à ma quête est peut-être celle-ci mais la suavité de mes sentiments n'aura de cesse de désirer sa présence. Elle finira par avoir raison de moi, je n'en peux plus.
Je ne puis en croire mes yeux, je suis au paradis, quel bonheur. L'errance m'aura menée à un éden terrestre, à cet endroit que je n'osais espérer découvrir. Celui-là même où j'ai vu pour la première fois son visage, notre éden des montagnes. Il demeure identique, malgré le changement de saison il a conservé ses arbres aux feuilles abondantes, son ruisseau semblant serpenter entre les troncs, ses buissons aux formes parfaites et sa luminosité divine émanant d'entre les feuilles. Seules les couleurs sont différentes, le paysage s'est peint d'automne : du jaune, de l'orange et du marron à la place du rose, du vert et du bleu printaniers tandis que le parfum des fleurs a laissé sa place à une odeur d'humus.
Je suis envahi par les souvenirs, ils défilent et forment un film dont je ne saurai manquer un seul instant. A travers lui, je revis intensément notre idylle. Alors, l'émotion prend le dessus et tous mes sens ne répondent plus qu'à l'envoûtement de mes pensées. Tout rejaillit : son parfum, sa tendresse, sa fraîcheur, jusqu'à l'essence de son être et le velouté de ses caresses. Dans cet extase, je perçois ardemment sa présence tandis que des larmes de béatitude naissent et agrémentent mes joues. Une main me frôle, légère et savoureuse, serait-ce la sienne ? La sensation de son contact m'oblige à y croire, seule ma muse détient ce don . Oserai-je ouvrir les yeux ? « Mon aimé, enfin ! », la mélodie de sa voix me transporte tandis que, d'un regard, je regagne mon paradis, le jardin de ma fée, son éden.